C’est la force de l’idée qui prime : une seule goutte d’encre peut faire penser des milliers de personnes.

Utiliser le dessin sous forme d’histoire courte élaborée par les gens (Grassroots Comics)  montre qu’il est possible de faire comprendre à l’aide bandes dessinées des questions sérieuses, comme la gestion du foncier, les violences faites aux femmes ou les relations entre agriculteurs et pasteurs.

Le dessin peut être amusant, sérieux, détaillé ou simple ;  il est en fait ce que l’on veut qu’il soit. Même si le dessin n’est pas bon au sens artistique,  il sera lu par les gens, à condition que le sujet dont il traite interpelle, intéresse. Au Sénégal, le projet d’appui aux communautés rurales (PACR) travaille à la sécurisation foncière dans les communautés rurales de la vallée du fleuve Sénégal. Dans ce cadre, un des objectifs est  la dissémination des idées et concepts autour de la gestion foncière du domaine national (patrimoine commun de la Nation sénégalaise).

 

Pour disséminer les lois foncières et les procédures inhérentes,  le PACR, appuyé par GSF  a monté un partenariat avec  l’Association Burundaise pour la Paix et les Droits de l’Homme (APDH) afin de développer la méthode Grassroots Comics. APDH a déjà beaucoup travaillé avec cette technique qui permet  d’impliquer les populations et d’enseigner de nouvelles compétences à faible coût et qui sont transposables à d’autres thématiques (santé, agriculture, genre, travail des enfants, etc

 

Les bandes dessinées sont faites par les gens eux mêmes et pas par des professionnels des arts graphiques ou des publicitaires. Le procédé encourage le débat dans la société locale. Il ne demande pas de matériel spécifique et couteux, juste des stylos  et du papier et éventuellement l’accès à une photocopieuse pour disséminer les travaux.

 

Le principe de la méthode des Grassroots Comics est fondé sur  la vulgarisation des concepts et des idées et sur la possibilité pour des populations peu ou pas alphabétisées d’accéder à l’information, de la représenter pour la transmettre. Une large part des participants aux séances d’illustration sont donc peu ou pas alphabétisés. Tout le monde a la capacité de dessiner  mais souvent les gens ont peur de dessiner. Une fois cette réticence vaincue, les dessins obtenus sont  toujours intéressants. En effet ils reflètent les réalités de terrain et de la manière dont les participants les vivent

Dans de nombreuses CR, les élus et chefs de village ont demandé que ces dessins soient affichés dans les villages préalablement à toute réunion pour susciter le débat et ont ainsi confirmé le bien fondé d’imprimer une plaquette en direction des populations. Cette plaquette illustrera les procédures foncières et les situations à éviter. Elle est créée à partir des  comics récoltés au cours de la mission. C’est un facteur fort d’appropriation.

 

La proximité avec les lecteurs est importante. Les bulles sont rédigées en français ou en langue locale et lors de l’affichage elles servent à nouer le contact entre les observateurs.

Les gens sont toujours intéressés par ce que les organisations locales et les militants ont à dire. Utiliser la bande dessinée permet d’attirer l’attention et de créer un débat local. « 

 

A l’heure où la mondialisation inscrit la communication et l’échange d’informations dans l’agenda du développement et du partage de la connaissance, notamment à travers les réseaux sociaux, la participation des communautés et l’utilisation des outils simples et accessibles reste une clé de la réussite de toute activité de communication sociale à la base et donc une condition sine qua none de l’appropriation de toute réforme. Le PACR l’a compris et vient de l’expérimenter  à travers ces ateliers  de production des Grassroots Comics par et pour les bénéficiaires du projet. La méthode devra sans doute être complétée par d’autres techniques et canaux de communication : théâtre, débats communautaires interactifs,…mais c’est déjà un pas très intéressant aussi bien pour l’évaluation des acquis du projet que pour leur appropriation et leur pérennisation au niveau des communautés bénéficiaires.  

 


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